L’ADN, une nouvelle arme pour les terroristes ?

Publié le 12 décembre 2011
Peut-on modifier, voire créer un ADN ? Une question qui fait aujourd’hui débat, après la fabrication de la première forme de vie totalement synthétique. D’autant qu’elle pourrait engendrer de nouvelles formes de terrorisme.

Peut-on modifier, voire créer un ADN ?Peut-on modifier, voire créer un ADN ? Crédit Reuters

Imaginez des virus créés par ordinateur qui guérissent des maladies, de nouvelles bactéries capables de produire du carburant en illimité, des organismes vivants pouvant détruire des populations entières, ou au contraire une catégorie bien précise de personnes. Cela semble être de la science-fiction, et pourtant… Grâce à la biologie synthétique, il est aujourd’hui possible de lire l’ADN, mais surtout de l’écrire.

En mai 2010, Craig Venter, qui travaille pour la compagnie privée Celera, annonce dans la Revue scientifique la création d’une cellule vivante dotée d’un génome intégralement fabriqué par l’homme. Dénommé “Synthia”, cet organisme a été fabriqué à partir de 1 077 947 paires de base, rapporte le Washington Post. Pour parvenir à ce résultat, Craig Venter a utilisé une technologie dont le mécanisme s’apparente à une imprimante laser.

Pour Andrew Hessel, co-président des chaires de bio-informatique et de biotechnologie à l’Université Singularity, il sera possible, d’ici 10 ans, de trouver des modèles génétiques sur le web, de les télécharger sur notre ordinateur, de les modifier et les adapter à nos besoins. Les vaccins contre la grippe, par exemple, seront disponibles sur les réseaux sociaux. Et le processus sera aussi simple que de télécharger des applications pour smartphone.

Modifier le corps d’un adulte deviendra facile, comme l’explique le professeur Church, dans un article pour la BBC. Aux premiers signes de faiblesse, une nouvelle cellule pourra être intégrée à ce corps. Il n’y aura alors plus aucune raison, selon lui, pour que les hommes ne vivent pas jusqu’à 120, voire 150 ans.

En dehors du domaine de la santé, ces avancées scientifiques pourraient avoir des retombées économiques gigantesques. Plusieurs sociétés américaines et françaises travaillent déjà au développement d’hydrocarbures produits par des bactéries génétiquement modifiées.

Question éthique

Ce traficotage de l’ADN humain pourrait cependant poser des questions d’ordre éthique. Mais selon James J.Collins, professeur à l’université de Boston, personne n’envisage aujourd’hui de créer des humanoïdes.”Je pense qu’en tant que communauté nous avons pour rôle d’éduquer le public et de prendre des précautions pour éviter d’introduire quelque chose qui pourrait être problématique“, affirme-t-il.

Pour d’autres, ces avancées, certes spectaculaires, ne doivent pas nous faire tomber dans un monde irréel. “Il y a autant de chance d’être percuté par un camion que de vivre jusqu’à 150 ans“, soutient M. Nussbaum, co-directeur du programme d’analyse et de séquençage du génome à l’institut d’Harvard.

Une boîte de Pandore

Mais si cela représente une avancée majeure pour la biologie synthétique, pour certains cette découverte ouvre une véritable “boîte de Pandore”. Pour le futuriste Marc Goodman, la biologie synthétique mènera à terme à de nouvelles formes de bio-terrorisme. Des bio-menaces qui seront pratiquement impossibles à détecter, car elles pourront cibler certaines catégories de personnes, en fonction de leur génome.Le bio-crime est l’équivalent du cyber-crime au début des années 80“, a-t-il déclaré. “Peu de gens reconnaissent ce problème, mais pourtant la menace grandit de manière exponentielle“, ajoute-t-il.

Dans le futur, les terroristes pourraient ainsi être capables d’exploiter la biologie synthétique pour lancer des opérations de grande envergure, mais aussi pour faire des attaques ciblées contre un individu en particulier en se basant sur son génome.

Nous aurons donc bientôt besoin de logiciels antivirus pour nous protéger comme nous protégeons nos ordinateurs. Mais si nous pouvons formater nos disques durs, impossible de formater nos génomes…du moins pour l’instant !

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